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Publication

Institut du Québec (2018). Décrochage scolaire au Québec. Dix ans de surplace, malgré les efforts de financement.. Montréal, Québec : Institut du Québec.

Résumé

La plupart des tests internationaux indiquent que le système éducatif québécois se compare favorablement aux provinces canadiennes et aux pays de l’OCDE. Compte tenu du retard de scolarisation du Québec dans les années 1960, il faut saluer ces succès indéniables.

Toutefois, malgré les progrès importants réalisés depuis les réformes découlant du Rapport Parent, un problème majeur persiste : le taux de diplomation dans les écoles publiques québécoises est encore très faible, et surtout il stagne depuis plusieurs années.

Avec un taux de diplomation au secondaire en cinq ans de 64 % pour le réseau public, le Québec présente la pire performance au niveau canadien, avec un écart de 20 points de pourcentage avec l’Ontario, la nouvelle-Écosse et le nouveau-brunswick.

Dans le réseau public, l’écart de diplomation entre le Québec et l’Ontario est maintenant de 25 points de pourcentage pour les garçons. En outre, l’écart entre les taux de diplomation des filles et des garçons est trois fois plus élevé au Québec que dans la plupart des autres provinces.

Il est important de souligner que cette performance ne tient pas compte des résultats du réseau privé, qui accueille près de 20 % des élèves du secondaire au Québec, soit une proportion nettement plus importante que dans les autres provinces, où moins de 5 % des élèves vont au privé. Le taux de diplomation global, sur une base comparable, se situerait plus près de 68-69 %, si le réseau privé était pris en compte, ce qui laisserait tout de même le Québec au dernier rang du classement.

Le taux de diplomation et de qualification après sept ans de 80 % annoncé par le ministère de l’Éducation peut sembler encourageant, mais il vient brouiller les cartes. En effet, seulement un garçon sur deux dans le réseau public francophone peut espérer obtenir son diplôme de fin d’études secondaires en cinq ans. En fait, près de 30 % des élèves du réseau secondaire public sont maintenant diagnostiqués comme étant handicapés ou en difficulté d’apprentissage et d’adaptation (EhDAA) et leur taux de diplomation et de qualification est de 31 %. Finalement, plus de 10 % des garçons qui diplôment au secondaire dans le secteur public en l’espace de cinq ans n’obtiennent qu’une qualification.

Le financement, source de tous les maux?
Pas vraiment
Soyons clairs, il est impératif de poursuivre le financement de l’école publique québécoise minimalement au-delà de la croissance du nombre d’élèves et de l’inflation (environ 3,3 % de croissance annuelle) avec un ajustement additionnel pour l’atteinte des cibles de diplomation ambitieuses que s’est fixé le gouvernement.

Investir davantage dans l’éducation contribuera certainement à améliorer la performance du système scolaire québécois, mais il est nécessaire
de mieux déterminer où et comment investir. Investir davantage sans modifier les façons de faire et sans revoir les programmes risque de ne rien changer.

Certains tentent d’expliquer les retards de diplomation du Québec par le manque de financement mais la croissance soutenue du financement au cours de la dernière décennie ne semble pas avoir eu d’impact favorable sur les résultats.

Alors que les efforts de financement sont similaires au Québec et en Ontario depuis 10 ans, le taux de diplomation a bondi en Ontario, mais il a stagné au Québec. Ce qui laisse croire que l’argument du manque de financement ne peut, à lui seul, expliquer la faiblesse persistante du taux de diplomation au Québec.

Le problème semble tenir davantage aux façons de faire actuelles et au choix des mesures et des programmes mis en place pour améliorer la diplomation.

Accéder aux données et oser s’évaluer et se comparer
Force est d’admettre que les mesures instaurées au cours de la dernière décennie n’ont pas eu suffisamment d’impact positif sur la réussite scolaire. Il faut donc accepter de les revoir et de remettre en question leur pertinence.

Le manque d’accès aux données et la déficience des évaluations de programmes sont problématiques et ne permettent pas de prendre
des décisions éclairées. Sans analyses rigoureuses de l’efficacité de programmes comme la réduction de la taille des classes et l’intégration des EhDAA dans les classes régulières, il est impensable de continuer d’y investir des centaines de millions de dollars annuellement.

Pour avoir plus d’impact sur la réussite des élèves, une hausse du financement doit impérativement s’accompagner d’un suivi et d’une analyse rigoureuse de l’efficacité des mesures.

L’accès aux micro-données et aux données administratives est déficient et empêche l’évaluation de programmes. Le gouvernement devrait publier systématiquement les données produites par les instances du réseau, sans délai ni filtrage.

Quelques mesures devraient être prises rapidement :

  • Réduire les délais de publication des données en créant une base de données unique, ouverte et facilement accessible au public;

  • À l’instar de la Colombie-britannique, faciliter l’accès aux données colligées par les commissions scolaires et le MEES en autorisant dès que possible l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) ou Statistique Canada à les héberger sur leurs serveurs;

  • Procéder à une évaluation systématique et rigoureuse des programmes d’envergure avant de poursuivre leur déploiement;

  • Appuyer les décisions sur les résultats probants de la recherche et les pratiques avérées. Pour y arriver, créer sans tarder un institut d’excellence en éducation;

  • Étudier et prendre en considération les meilleures pratiques locales et étrangères, en commençant par celles qui touchent l’enseignant, principal levier de la réussite de l’élève.

Lien

http://www.institutduquebec.ca/docs/default-source/Indice-Emploi/9652_décrochage-scolaire-au-québec_idq_br.pdf?sfvrsn=4
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